Sur un disque tournant, je verse mes oublis
Le tranchant du vinyle marque ma peau chagrine
En ce jour qui s’abat au bout de la comptine
Je me réfugie loin dans le coeur d’un grizzli
C’est un lieu comme un autre où le temps a faibli
Un grand feu consumant l’océan-gazoline
Sorte de mur-miroir qui tue les ballerines
En bouffant leur tutu comme un ravioli
Pour ne pas y souffrir, vaut mieux être apatride
C’est un statut qui fait qu’on accepte la chose
Aujourd’hui, je l’avoue : mon trognon s’ankylose
Mais il ne pourrit pas encor malgré les rides
Je m’accroche à l’hiver, ça pue la baliverne
Je souris mille lieues sous l’âme de Jules Verne
Les vieux sourires
À l’institut thoracique
J’avais pris l’habitude d’aller faire un tour à l’institut thoracique
Seul
À chaque fois que j’en revenais bing bang
Tachychardie imaginaire
Étourdissements transatlantiques
Atterrissages carabinés
Puis je trouvais dans ma poche un petit objet sans nom
Comme une extension de moi
Constituée de mousses de fond de poche et de poussières de pilules compactées
M’en retournant aussitôt à l’institut
J’insérais la pastille en question dans la fente d’une de leur machine
Qui me crachait une nouvelle prescription au visage
Aujourd’hui
Je suis content
J’ai tout juste assez de ces petits bouts de papier griffonnés par des robots-médecins pour me confectionner un masque de carton-pâte
